06/03/2007

Il y a perversion et perversion

Quand l’échangisme devient glamour, que l’imagerie sadomasochisme envahit les médias, on pourrait penser que les normes sexuelles sont à l’aube d’une nouvelle (r)évolution. Qu’en est-il réellement ? Comment définir les perversions sexuelles ? Toutes se valent-elles ?… Le psychothérapeute Willy Pasini nous en dit plus.

 

Premierefois : Quelle définition faites-vous de la perversion ?

Willy Pasini : On parle aujourd’hui de paraphilies plus que de perversions, ce mot ayant une connotation morale. En maintenant l’ancienne formule, je distingue aujourd’hui des perversions hard et des perversions soft (ou microperversions). Le pervers hard voit son excitation sexuelle uniquement liée à sa perversion, il est ainsi l’esclave d’une sexualité basée sur un scénario imposé. Le fétichiste hard verra ainsi sa sexualité limitée au seul fétichisme, le masochisme hard ne pourra éprouver du plaisir qu’en subissant des douleurs ou des humiliations. L’élément central de la perversion hard n’est pas le sexe extrême mais le manque de liberté qu’elle suscite.

A l’inverse, la perversion soft consiste à réaliser des fantasmes, qui n’avaient jusqu’alors pas dépassé l’imaginaire sexuel. A titre individuel, certains hommes peuvent avoir une aventure homosexuelle "pour voir" sans pour autant devenir homosexuel. En couple, des partenaires peuvent fréquenter une soirée échangiste pour finalement s’en détourner après une expérience.

 

Premierefois : Au sein du couple, ces perversions soft peuvent-elles devenir dangereuses ?

Willy Pasini : C’est premièrement la peur de la routine de l’ennui qui conduit des couples à rechercher de nouvelles émotions. A ce titre, le passage à une perversion soft peut parfois donner plus de liberté à la sexualité.

Mais plus souvent, le danger est que l’un des deux partenaires demande plus que l’autre et que le passage à l’acte heurte finalement la pudeur de l’un des amants. Le passage à l’acte réduit la sublimation nécessaire et détruit le jardin secret de l’un des partenaires. Enfin, la perversion hard peut être réprimée par la loi morale, mais également pénale (pour la pédophilie, le sadisme avec des partenaires non consentants, l’exhibitionnisme…).

 

Premierefois : En cas de "dissonance", accepter les perversions softs du partenaire, est-ce de la perversion ?

Willy Pasini : Non. Ce qui est dangereux est d’accepter de subir la perversion de l’autre sans en jouir soi-même. Ainsi, les femmes qui acceptent les soirées échangistes de peur de perdre leur mari alors qu’elles n’en ont aucune envie. De manière plus anecdotique, j’aime à raconter deux cas en partie similaires : la femme découvre son mari en bas résille. L’une va être choquée, refusera de faire l’amour et demandera finalement le divorce. La seconde après une longue discussion, décida que si cet accoutrement permettait à son mari d’avoir une bonne érection et donc une sexualité du couple satisfaisante, elle n’y verrait pas d’inconvénient à condition que cette particularité vestimentaire se limite à leur domicile.

 

Premierefois : Peut-on reconnaître un pervers hard ?

Willy Pasini : Il est difficile d’identifier un pervers. La plupart sont des séducteurs, bien habillés, intelligents, froids sans être antipathiques, charmants sans être sympathiques… La perversion commence quand la femme est amoureuse, qu’elle est attachée. Le pervers commence à montrer son jeu dès lors qu’il sent sa partenaire en son pouvoir. Il va alors tenter de la dominer psychiquement en lui faisant croire qu’il détient le secret de sa jouissance; en réalité il vise à l’annuler (le vrai pervers) ou à lui soutirer de l'argent (le psychopathe). Sa personnalité est extrêmement égocentrique, uniquement tournée vers son plaisir.

 

Premierefois : Peut-on guérir un pervers ?

Willy Pasini : C’est très difficile. Tout d’abord, il faut distinguer ceux qui souffrent de leur perversion et ceux qui n’en souffrent pas. Ces derniers peuvent trouver d’autres personnes ayant la même perversion ou une perversion complémentaire, en particulier grâce à internet. Pour les autres, la psychiatrie a toutes les peines à traiter un pervers, elle peut au mieux changer une perversion hard en perversion soft. Le pervers hard change quand la loi, sous peine de sanction, l’oblige à changer. La pulsion cède alors devant la règle. A l’inverse, la psychiatrie peut aider la partenaire du pervers en l’amenant à se libérer de la pulsion masochiste qui la maintient auprès de son bourreau.

22:42 Écrit par Premierefois dans Perversions sexuelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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