07/03/2007

L'art du séducteur

Eliminons tout d'abord un malentendu : le séducteur n'a rien de commun avec un vulgaire dragueur. En effet, le dragueur arrive avec ses gros sabots, et fait rarement mouche car son problème est d'être trop direct. Il affiche sa demande de façon évidente et les belles en s'en laissent point conter. " S'il croit qu'il va me mettre dans son lit en deux temps trois mouvements..."
 
Le faire et le non faire
Le séducteur procède de façon indirecte : il ne demande rien, car tout son jeu va consister à ce qu'on lui offre ce qu'il souhaite.
Le séducteur procède par une méthode progressive, invisible et en fait diabolique. Il tisse autour de sa cible un ensemble d'ondes vibratoires en cercles concentriques.
Contrairement au dragueur qui abandonne vite la partie s'il sent qu'il ne peut le conclure rapidement, le séducteur a le temps, tout son temps. Il vit et se présente comme s'il avait déjà tout ce qu'il lui faut. On imagine qu'il peut lui arriver des situations nouvelles, ou meilleures, mais rien ne permet de l'affirmer. Il prépare sans cesse un terrain favorable, mais il n'agit pas.
Il agit sans agir, il est dans le non-faire tout en ayant parfaitement conscience de l'état de maturité du terrain qu'il prépare. Il sait que le moment venu, il lui suffira d'une action presque imperceptible, d'une infime accélération du mouvement et des signes pour que sa proie tombe dans ses bras.
 
Un artiste de sa propre image
Le séducteur construit son image. Tandis que le dragueur n'apparaît que comme un vulgaire consommateur, le séducteur construit le tableau de son image comme un peintre pointilliste, par de subtiles petites touches progressives. Il a l'air absent tout en étant très présent. C'est un homme agréable, souriant, drôle, sympathique, ouvert, curieux, prévenant, affable, attentionné, sensible, bien dans sa peau.
Il perçoit tout, mesure tout, prend le temps d'observer l'effet de chacune des pièces qu'il rajoute à son puzzle. Il est très fréquentable, n'apparaît aucunement dangereux, et tous recherchent sa compagnie.
 
La loi de l'insondable
Le séducteur est insondable, et c'est sa force. Rien ne paraît l'affecter, car il ne laisse apparaître aucun objectif précis. Pas de challenge, de compétition, pas de résultat à obtenir. Il ne pèse pas sur les autres. Il s'intéresse sans juger ni condamner, ne cherche pas à asservir, à contrôler. Il est présent tout en étant neutre, détaché, parfaitement naturel. Tout le monde pense le connaître sans rien savoir de précis ni de répréhensible sur lui.
Il inspire confiance, et se trouve récepteur de toutes les confidences et potins, sans que cela ne l'affecte en aucune façon, sans trahir aucun secret, dans un respect permanent de tous ceux qui l'entourent.
 
Attentif, charmant, et non demandeur
Le séducteur est toujours prêt. Il est attentif, note, prépare, enregistre, sans laisser aucun signe d'intérêt, surtout pas sexuel. Une femme le considère comme un ami, un confident. Son regard est une œuvre d'art. Il a juste assez d'intérêt et de distance pour attacher, pas trop pour ne pas repousser. Juste assez pour qu'on ne puisse le soupçonner de se désintéresser de la gente féminine, et pas plus pour qu'on ne soupçonne aucune visée sur une proie particulière.
Il voit une jeune femme, tel le séducteur de Kierkegaard, mais aussi une autre, et d'autres encore dont on sent la présence mais pas encore une forte présence, et il est également charmant avec toutes. Il ne sollicite jamais un rendez-vous ; il peut suggérer des rencontres à plusieurs, jamais un rendez-vous en tête-à-tête. Lorsqu'une jeune femme sollicitera elle-même le rendez-vous, elle ne se sera alors à peine rendu compte à quel point le séducteur à pris de l'importance pour elle. Elle ne s'en rendra compte que lorsque la partie sera en fait déjà jouée et qu'elle sera tombée dans ses filets.
 
La rencontre
Lorsque la rencontre a lieu, le séducteur est en position de force. C'est elle qui parle et qui cherche à se vendre. Elle livre tout ce qu'elle aime et adorerait faire, ouvrant ainsi les dernières portes de son cœur au séducteur. Elle se donne d'autant plus que le séducteur regorge de solidarité et de propositions de service. Il est disponible, conciliant, il l'éclaire, l'illumine, il apparaît comme le plus serviable des gentlemen. Il apporte une vision tellement rafraîchissante des rapports humains. Enfin un véritable ami, qui la comprend, l'aide à se comprendre elle-même, qui la valorise.
En un mot il l'enchante, la ravit; à son propre insu, elle vit déjà dans le besoin de son séducteur. Les rencontres suivantes ne sont plus alors qu'une formalité.
 
Tout est prêt pour le final
La proie se livre, elle est déjà à point. Elle a à peine conscience de l'intensité et de la densité des liens qu'elle s'est elle-même créés avec le séducteur. Elle est devenue dépendante du séducteur. Elle l'appelle pour un rien, comme si celui-ci était devenu son confesseur, son gourou. Le séducteur, lui, reste détaché et engrange les points, mesurant très précisément l'avancée de son aura sur l'âme de la belle. Elle commence à souffrir du détachement apparent de son séducteur; de plus en plus elle dévoile les fonds de son intimité, de son âme, de ce qu'elle espère de la passion débridée qu'elle est prête à déchaîner, de tout ce qu'elle est prête à offrir et qu'elle n'a jamais donné à aucun autre...

21:27 Écrit par Premierefois dans Séduction - Relationnel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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