27/03/2007

Du virtuel au réel

Après le Minitel rose, les photos coquines et les forums de discussion ont envahi la toile. Le cybersexe est-il l'aboutissement d'une nouvelle révolution sexuelle ? Une usine à fantasmes ou un club de rencontres ?

 

Qu'on se souvienne du "réseau" téléphonique utilisé par la Résistance sous l'occupation et détourné de sa fonction à partir des années soixante-dix pour nouer des contacts "galants".

 

Le sexe au service de France Télécom

Dès le début des années 80, les premières "messageries conviviales" ont été mises en place sur le tout nouveau Minitel. L'avènement du réseau Internet n'a pas aboli l'utilisation du Minitel, directement branché sur les ordinateurs grâce à une connexion par Modem. Les messageries Miniteliennes sont désormais accessibles à partir du réseau Internet et à un moindre coût.

Les Français - de toutes les couches sociales - ont donc déjà derrière eux une longue histoire du Cybersexe qui s'est concrétisée par des millions d'heures de connexion sur le réseau 3615. Dès les débuts de l'expérience télématique, les "messageries conviviales", euphémisme utilisé pour désigner les sites à contenu sexuel et pornographique ont constitué la part la plus importante du chiffre d'affaires de ce secteur d'activité. On peut, sans conteste affirmer que le Minitel a pu se développer en France grâce à elles.

 

Scénario : rencontres

C'est l'aspect le plus fascinant du cybersexe : la communication d'abord, et la rencontre ensuite avec un(e) inconnu(e). Les messageries permettent, en effet, à des individus isolés et n'ayant a priori aucune chance ni aucune raison de se rencontrer, d'entrer en contact les uns avec les autres.

La conversation qui se noue sur le réseau oblige chacun à se présenter selon un code bien établi et à négocier les objectifs et les modalités d'une rencontre dans leurs moindres détails. Le scénario est écrit avant la performance. Les messageries permettent ainsi de rationaliser les contacts : rencontrer quelqu'un qui a les mêmes envies que soi sans prendre le risque de se tromper. La rencontre peut ainsi durer une heure ou une vie, au choix.

 

Du virtuel au réel

Si les interlocuteurs envisagent une rencontre "réelle", la communication téléphonique vient rapidement relayer le contact virtuel, et l'image construite à partir des premiers "dialogues" va subir une première modification sous l'effet du timbre de la voix. Ensuite sur le lieu du rendez-vous, le décalage entre le scénario patiemment et minutieusement élaboré et la vie réelle entraîne bien des déceptions. On sait pourtant que l'amour rend aveugle. Malgré tout les aléas de la séduction se trouvent décuplés lors de rencontres programmées.

 

La place du fantasme

Les mauvaises surprises sont souvent au rendez-vous et le rêve se transforme souvent en cauchemar. Tel quadragénaire bedonnant se sera décrit comme "grand et musclé" alors qu'il est à moitié chauve et porte de grosses lunettes. Telle "blonde plantureuse" apparaîtra ridiculement maquillée et aura comme objectif principal d'être invitée à dîner dans un bon restaurant.

Téléphone et Minitel lors de la planification d'une rencontre laisse une place formidable au fantasme et c'est ce qui en fait leur attrait. Mais le monde du fantasme n'est pas le monde de la réalité et la magie d'une rencontre ne peut jamais être programmée. On raconte quand même de belles histoires d'amour…

 

Exprimer ses fantasmes

Si l'on s'en tient aux "forums de discussions" et aux "messageries conviviales", cela commence avec le choix d'un pseudo plus ou moins évocateur du registre dans lequel on veut situer le scénario : Don Giovanni peut ainsi rencontrer Zerlina, Justine, le divin Marquis, Roméo, Juliette, Sir Stephen. Et, bien caché derrière l'anonymat de l'écran, on peut changer à volonté, au gré des envies du moment, de sexe, d'âge et de condition sociale : le PDG peut sans aucun risque se transformer en soubrette et la secrétaire, en camionneur. Et comme dans certains cas, la réalité dépasse la fiction, on est aussi libre de rester soi-même. A partir de là, on construit une histoire d'autant plus facilement que l'on sait que l'on ne sera jamais confronté à sa réalisation et que la création imaginaire est une fin en soi.

Toutes les dérives sont alors possibles dans la mesure où les propos ne prêtent pas à conséquence et que l'on peut se déconnecter à tout moment. La lecture des dialogues échangés sur Minitel ou Internet reflète tout l'éventail des fantasmes sexuels contemporains, des plus soft aux plus hard et constitue à proprement parler un véritable réservoir de l'imaginaire sexuel d'aujourd'hui.

 

L'avenir ?

Tout un monde fantasmatique se développe à grande échelle dans le cyberespace. On observe bien sûr la consommation d'images, de textes et de films pornographiques qui sont déversés, à un niveau jamais atteint auparavant, sur le Web. Mais le caractère interactif du Web, tout comme celui du Minitel stimule la production et la circulation de documents et de scénarios réalisés par des "amateurs".

Dans ces échanges cybersexuels des forums et des messageries, les fantasmes se développent grâce à l'absence d'images. En sera-t-il de même le jour où l'on pourra visualiser immédiatement son interlocuteur et lui transmettre des sensations corporelles à base d'impulsions électriques ?

19:37 Écrit par Premierefois dans Cybersexe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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