04/07/2007

Petit oubli, gros soucis

Préservatif et pilule. C’est la norme contraceptive des plus jeunes pourvu qu’on oublie pas de se munir du « petit caoutchouc » au cas où… et/ou d’avaler la pilule selon les règles. Les choses paraissent simples, les outils sont à disposition pour se protéger. Le passage des enfants dans la cours des grands reste pourtant un moment difficile pour les parents. Surtout quand ils doivent « travailler » à l’aveugle. Alors, ils s’interrogent : à partir de quel âge dois-je lui parler ? Quels mots utiliser pour dire ces choses ? Ne vaut-il pas mieux attendre qu’il vienne me poser des questions ? Et si je ne savais pas répondre ? Entre la crainte d’être intrusif et celle d’être trop absents, les parents balancent… Pourtant les centres de planning et les gynécologues peuvent venir à leur rescousse. Tour de piste.

 

Enceinte à 14, 15 ans, ça existe, et pas que dans les faits divers. Ces grossesses sont peu fréquentes mais loin d’être anodines. Et elles font peur aux parents.

Une enquête patronée par le groupe d’action des centres extrahospitaliers pratiquant des avortements permet d’approcher les causes – complexes – des grossesses non désirées parmi les adolescentes. Un problème qui appelle des réponses multiples.

Le phénomène des grossesses non désirées parmi les adolescentes n’est pas massif. La Belgique se classe plutôt bien dans les comparaisons internationales. Selon une étude de l’UNESCO publiée en 2001, qui comparait vingt et un pays, la Belgique connaissait un des taux les plus bas parmi les 15-19 ans. Le taux de grossesse parmi les adolescentes de moins de 18 ans est de plus ou moins 4 pour 1000. Mais on ne peut ignorer cet événement qui est souvent un drame individuel et familial.

Statistiquement, le phénomène de grossesse à l’adolescence semble surtout lié à une situation de précarité sociale. Il touche aussi de manière plus marquée les populations d’origine africaine. On observe encore quelques différences régionales. Le suivi médical est souvent insuffisant chez ces futures jeunes mères, ce qui représente un facteur de risque important pour la santé de la maman et de l’enfant.

Les statistiques cernent toutefois très imparfaitement les mécanismes qui mènent à une grossesse non prévue parmis les adolescentes. Une enquête a été menée sur trente-cinq adolescentes confrontées à une grossesse non prévue. Son objectif était de voir, au travers des témoignages de ces adolescentes, quels éléments pourraient contribuer à une meilleure prévention de ces grossesses. Ces entretiens ont exploré le parcours de ces jeunes : connaissances sur la contraception, usage, premier rapport sexuel, sources d’information, obstacles, tabous, information dans le milieu scolaire, situation familiale et sociale, …

Ces témoignages montrent que la survenue d’une grossesse non désirée recouvre une réalité bien plus large et plus complexe, hétérogène aussi, que le seul défaut de comportement contraceptif.

 

Pas un problème d’insouciance

La plupart de ces adolescentes avaient une volonté contraceptive, mais qui s’est traduite par des comportements maladroits. C’est moins l’insouciance qui est en cause que des connaissance lacunaires, des questionnements par rapport à la fertilité, des désirs mal définis ou peu construits. Elle recherchent aussi un sens à donner à la sexualité, aux relations affectives, à leur position dans la société.

Les actions menées dans le domaine de la vie affective et sexuelle devrait en tout cas tenir compte de la différence entre les sexes. Dans leurs conclusions, les auteurs de l’étude soulignent la nécessité, pour la société, de réfléchir aux messages qu’elle adresse aux adolescentes au travers des valeurs véhiculées par les médias et les circuits économiques. Ainsi, la norme sociale admet les relations sexuelles entre adolescents, mais ne leur reconnaît pas le droit à la vie en couple où à fonder une famille.

Il faudrait aussi s’interroger sur la « norme contraceptive » : la stratégie préconisée de l’utilisation conjointe du préservatif et de la pilule est loin de rencontrer l’adhésion des adolescentes.

L’information sur la vie sexuelle doit être renforcée pour développer les compétences individuelles des adolescentes. Le message de la double protection (grossesse/MST) doit aussi être plus présent. Il s’agit encore de mieux sensibiliser les partenaires masculins à cette prévention.

Une prévention efficace devrait aussi se soucier de la perception du risque par les adolescentes : risque de grossesse, sous-estimation de leur propre fertilité, mais aussi risque d’être confrontées à une réalité à laquelle elles ne sont pas préparées.

 

Toujours tabou

Les adolescentes ont besoin de clarifier leurs désirs et besoins, notamment le désir d’enfant et ce qui le sous-tend (besoin d’être reconnue, de combler une carence affective, d’être rassurée sur sa fertilité, …).

Quelle est la position des parents ? Les témoignages montrent que la vie sexuelle des adolescentes est loin d’être reconnue dans la plupart des familles. Si certains parents abordent la contraception, la sexualité reste un sujet tabou. Cette non-reconnaissance n’aide pas les adolescentes à accepter leur propre sexualité et peut entraver l’adoption de comportements contraceptifs efficaces. Les parents devraient y être plus sensibilisés et être, eux-mêmes, mieux informés des différents moyens contraceptifs.

Enfin, les écoles devraient aussi être encouragées à développer l’éducation à la vie affective et sexuelle. La majorité des jeunes filles interviewées n’ont pas réellement bénéficié d’un programme structuré à ce sujet.

 

Mères et filles, face à face

Elles sont jeunes et décident de prendre la pilule un jour ou l’autre. Une pilule que les mères de certaines d’entre elles trouvent encore amère. Rencontre autour d’un moment intime et délicat.

 

« La première fois, j’ai été un peu prise par surprise. Disons que les choses ne devaient pas tout à fait se passer comme ça ! J’ai donc pris la pilule du lendemain. En parler à maman ? Je n’ai pas osé. J’étais gênée. Alors, j’ai été chez ma belle-mère, je lui ai raconté toute l’histoire, après c’était moins lourd. ».

Où trouver l’information ? Dans les plannings, lieux privilégiés pour recevoir une écoute et des conseils en toute confidentialité à des prix abordables mais aussi auprès de personnes de référence.

C’est ce qu’a fait Chloé, 16 ans, en allant trouver sa belle-mère, qui lui a conseillé d’en parler à sa maman. Cette dernière a mis un certain temps à admettre l’idée que sa fille allait désormais prendre la pilule. N’était-ce pas trop tôt ? Chloé ne pouvait-elle pas attendre encore un peu ? Insistances de part et d’autre. Finalement, elles emprunteront ensemble le chemin du gynéco.

Pour Carole, 16 ans également, tout a été et reste plus simple. D’où son étonnement aux questions posées lors de cette interview. Elle était depuis un certain temps avec un petit copain, elle connaissait un peu la musique à travers ce que vivait sa grande sœur, rien de compliqué donc pour annoncer sa décision à sa mère. « Maman s’en doutait. Je savais aussi qu’elle préférait que je lui en parle, ça la rassurait. Nous avons été ensemble chez le médecin… » Carole avait alors 14 ans et des poussières.

 

Le gynéco., ça fait bizarre

« Jusqu’où faut-il les accompagner dans cette démarche ? », questionne une mère. Beaucoup se rendent avec leur fille au cabinet de consultation du gynécologue, attendent « de l’autre côté de la porte. ». Car, pour les jeunes filles, cette première visite surprend, se transforme même parfois en épreuve. « Ca faisait bizarre, explique Chloé. J’ai été surprise par l’examen. J’avais beau savoir comment cela allait se passer, une fois qu’on le vit, ce n’est pas gai, j’étais très gênée… ».

La contraception doit être un choix personnel, confirment les médecins. On la propose, on ne l’impose pas, pourvu que l’on prenne le temps d’expliquer, surtout à de très jeunes filles, même si le temps de consultation est compté. Après tout, ce choix dure quelques années…

Une information éclairée, c’est ce que l’ensemble des parents attendent pour leurs jeunes. « Pendant longtemps, je n’ai pas pensé pour mes filles au sida, constate Florence. Elles prenaient la pilule, elles ne pouvaient pas tomber enceintes… J’étais tranquille. J’ai oublié que la pilule ne protège pas contre les maladies sexuellement transmissibles (MST). Heureusement, le médecin a dû leur en parler… ».

 

Lise, par contre, s’est d’abord préoccupée du préservatif. Sans doute parce que sa cadette a rencontré un homme plus âgé qu’elle. Pour éviter que ses filles ne doivent venir lui dire « voilà, c’est fait ! », pour respecter leur intimité, elle a trouvé un bon truc, annonce-t-elle fièrement. « J’ai mis une boîte à chaussures avec une trentaine de préservatifs déposés en vrac pour leur permettre de puiser à l’aise sans laisser de traces. ».

 

Prévenir c’est informer

Bonne connaissance du produit contraceptif, moins des usages : c’est la constatation de certaines enquêtes, notamment en France. « On sait qu’un nombre considérable de jeunes filles et garçons vont plus vite que ce qu’ils souhaitent réellement, observent les assistants sociaux et psychologues dans les plannings, il faut avoir une sacrée maturité pour résister à la pression du groupe de copains, mais la situation devient périlleuse surtout quand le petit ami insiste lourdement… En matière de contraception et de MST, nous n’éviterons pas les prises de risque inconscientes que peuvent courir pas mal d’étudiants mais nous espérons limiter leur nombre par une information diffusée le plus largement possible, dans la population scolaire. ». Parler de sexualité, montrer comment on met et enlève un préservatif, présenter la pilule, les règles à respecter pour qu’elle agisse, déconseiller de prendre celle de sa copine quand on n’a plus de plaquette, briser la croyance que la pilule fait grossir, … Autant d’infos qui devraient systématiquement être relayées dans toutes les écoles. « J’ai eu un cours de biologie sur les moyens de contraception, raconte Carole. Les filles écoutaient, sérieuses, elles se sentaient vachement concernées, tandis que les garçons rigolaient un peu bêtement. Ils étaient peut-être gênés, je me souviens qu’ils ont fort réagi lorsque le prof a parlé du stérilet. Ca leur faisait peur ce mot étranger… ».

 

Tabou encore et toujours

On pourrait croire que les parents des années 60 et 70 ne craignaient plus de parler de sexualité et surtout des moyens de contraception. Héloïse, 19 ans, avoue ne jamais aborder ce sujet ni avec ses parents, des gens ouverts pourtant, ni avec ses sœurs.

Personne dans sa famille ne semble à l’aise pour toucher ce sujet qui reste tabou, ni par l’humour, ni par une autre voie. Elle aussi, reste sur son quant-à-soi : « J’ai l’impression d’être une exception à la règle », souffle-t-elle timidement. Florence reconnaît qu’on ne parle pas de sexualité d’une manière directe. « On parle de la vie, du rapport à l’autre, à l’homme pour mes filles, j’insiste sur la notion de respect, mais on ne désigne jamais les choses avec des mots techniques, cliniques. ». Lise, elle, dit que depuis toujours, elle et ses filles « appellent un chat un chat ». « Mais, ajoute-t-elle, étonnée, je ne me souviens pas avoir discuté avec mes filles du plaisir, du désir, … ».

Restent les copines avec lesquelles les filles peuvent apprendre, se comparer, partager leurs émotions, …

01:46 Écrit par Premierefois dans Hors sujets principaux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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